
Elle s’appelle Graziella BORDIGNON. Elle a 34 ans mais elle
a cette lueur dans les yeux qui lui en font paraître 10 de
moins. Il ne fait aucun doute que les artistes vivent une autre
forme de vie que les simples humains. Ils sont aériens et
introspectifs mais ça les rend proches des gens, ceux qui
investissent leurs œuvres et se retrouvent dans un même
feeling.

Il n’y a pas de cavalier dans sa famille qui vit entre Grenoble
et Chambéry. A l’âge de 9 ans, elle a l’occasion
de monter à cheval (promenades et
"belles
gamelles"), et ne s’est aujourd’hui toujours
pas arrêtée. Elle veut son propre cheval, mais ça
sera pour plus tard. En fait, à l’âge de 12 ans,
on lui achète son premier poney.
Elle passe son bac (A1, c'est-à-dire littéraire/math)
et entre en fac d’arts plastiques. Il faut bien dire qu’elle
est autant passionnée par le dessin que par le cheval. D’ici
à penser que les deux puissent se réunir, il n’y
avait qu’un pas. Elle a 18 ans, et c’est le moment où
une amie de sa grand-mère lui fait découvrir l’art,
les galeries, les musées. :
«
finalement, on choisit son métier par élimination.
Ce qui est sûr, c’est qu’il y avait des choses
que je ne voulais pas faire. Je suis alors partie à Saint
Etienne pour préparer un DEUG arts plastiques et voir ce
que c’était. Ce fut une année « lavage
de cerveau ».

Elle passe une licence, puis la maîtrise. Elle a 23 ans. Pendant
toutes ces années, elle découvre le cheval, passe
des galops (jusqu’au G7), s’occupe de chevaux :
«
je me rappelle m’être occupée de haflingers dans
le Nord de l’Isère ». Une rencontre l’embarque
dans un autre monde du cheval où l’instinct et le feeling
permettent un autre type de relation. Puis, elle rajoute la technique.
« Je suis partie 4 mois au Canada travailler dans un ranch,
baignée par l’histoire de l’Etalon noir. Mais
le fumier est le même partout et j’ai préféré
le faire en France ».
Elle fait des petits boulots, elle part sur les marchés aux
peintres
« où j’attrape
la crève. Il faut créer des choses et il faut les
montrer. Donc, je peins et j’essaie de vendre. J’ai
évité les galeries d’art car elles prennent
trop de pourcentages. Pourtant il faut vendre pour vivre. ».

Elle
bosse dans une boite de styliste et de décoration. C’est
son coté
« fille »,
qui fait qu’elle aime bien finir les choses, y mettre des
fioritures, des fleurs. Mais elle a des idées précises
sur la peinture et sur la relation entre l’artiste et la vie
sociale :
« la peinture, c’est
un mouvement, une force. On ne peut pas faire de concession, et
c’est la raison pour laquelle on dévie de la voie sociale
classique même si parfois on fait des choses alimentaires
pour ne pas souiller la créativité (être au
RMI par exemple) ».

Elle prend un stand au salon Cheval Passion, et pour elle, c’est
sa dernière démarche vers sa profession de peintre.
Si ça ne marche pas, elle arrête. Comme quoi un artiste,
ça doute énormément ! Et là, c’est
la lumière :
« ça marche
à fond. Les clients achètent, deviennent des amis,
sans doute parce qu’ils ont compris qu’il y avait quelque
chose dans mes tableaux. C’est cela que je recherchais. Le
côté élitiste me « débecte »,
la peinture ce n’est jamais que du coloriage sur des surfaces
planes. C’est pas ça la vie. Pourtant, ce que l’on
met sur une toile cela a quelque chose de personnel, d’intime
».
« Pour ce qui concerne les jeunes,
il faut leur dire d’aller au bout de leurs motivations. Si
l’on sait ce que l’on veut, on trace sa route. Attention,
ce sont toujours les plus proches qui vont se charger de vous casser
le mental. Il ne faut pas baisser les bras. Finalement, c’est
la vie qui se charge d’ouvrir les portes ».