
C’est avec un peu d’appréhension que j’attendais
le sempiternel spectacle des « crinières », comme
on dit entre nous les journalistes. Jean Claude Jourdan, le très
célèbre responsable de la communication du Salon Cheval
Passion, nous a averti que cela devrait nous plaire, qu’il
y avait des choses nouvelles mais qu’il y avait également
des numéros déjà connus, tels Lorenzo ou la
Garde Républicaine. Nos discussions de spécialistes
(boof) nous ont souvent amené la conclusion que nous étions
blasés car vu l’enthousiasme du public, il était
à craindre que le problème vienne de nous.

Première surprise, la salle est pleine et avant même
que la soirée ne commence, elle est déjà surchauffée.
Enfin la musique commence et force est de constater que le tempo
est rapide : présentation par l’orchestre Troublamour,
le comédien David Mandineau et un superbe baudet du Poitou
" Coco". Le ton est donné : humour, dérision,
convivialité, joie de faire le clown et volonté de
nous en mettre plein les mirettes. C’est sous l’air
de la cornemuse que les Bretons entrent (à pieds), nous font
l’aubade et annoncent l’entrée des attelages
et des chevaux de traits montés. C’est beau, les chevaux
sont en état, le rythme est soutenu. Les dialogues entre
l’animateur au micro (invisible) et une jeune débutante
(sur la piste) donnent l’occasion de bons mots et de situations
humoristiques.

La Garde Républicaine, les prétoriens de Monsieur
le Président de la République, nous suffoquent tant
leur prestation est millimétrée. La reprise des lances
est à la fois l’occasion d’entendre la fanfare
de la Garde (c’est elle qui a été enregistrée)
et de s’émerveiller de la tenue et de l’inventivité
qui a permis un si magnifique carrousel. On pourrait dire que c’est
du vu et du revu. Pourtant, on ne peut manquer de relever les qualités
foncières des cavaliers, l’intelligence des figures,
tout cela sous les ordres du lieutenant Vialat.
Cheval espagnol (ou portugais peut-être, mais je les confonds
tout le temps), cavalière un peu figée mais efficace,
Dany Lahaye joue avec son cheval autant que les danseuses jouent
avec l’apesanteur. A mi-chemin entre le dressage classique
et la chorégraphie tauromachique, ce numéro ne déclenche
pas l’hystérie du public (d’après mon
voisin de gauche, les déplacements du cheval sont un peu
« lourds) . Les claps claps qui ponctuent la fin du numéro
semblent lui donner raison. On ne peut manquer la prestation de
David Michelet, guitariste exceptionnel .
On ne présente plus les Gardes des Haras Nationaux, et parfois
on est d’ailleurs lassé de les retrouver à chaque
spectacle, ici ou là. Toutefois, ils sont présents,
et comme Uzes n’est pas loin cela se comprend. La représentation
est propre et le poney français de selle présenté
par une stagiaire des Haras (Michèle Boucabeille) est superbe.
Les Suisses nous étonnent et le quadrille des lances du Elgger
Pferdefrunde nous fait participer à un numéro spécial.
La reprise est somme toute classique, jusqu’au moment où
les cavaliers se délestent de leur veste, selle et rennes
pour terminer dans une présentation en liberté, le
tout dans un rythme endiablé.
Le théâtre du Centaure présente une chorégraphie
inédite à partir du thème" l’acteur
centaure". Camille entre dans la pénombre, debout sur
son cheval dans une tenue éblouissante. Rejoint par Manolo,
il s’ensuit une parade d’extrême sensualité
pour terminer couchés, chevaux et acteurs. Les corps s’emmêlent,
les cheveux et les crinières se confondent, les corps se
superposent. Le public est sous le charme..
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